Toilets first, temples later

Les excréments humains sont assez peu méthanogènes. Mais dans ma grande ouverture d’esprit, j’ai décidé de ne pas abandonner leur étude. D’autant plus qu’Alexandre Fekete, un jeune professionnel passionné, qui connaît bien ce sujet et vit à Beyrouth, m’a proposé d’être le premier contributeur extérieur à publier sur gazdeshit.com.

Je lui laisse la parole ci dessous (sans censure, mais du coup bien sur ses propos n’engagent que lui !). Et reviendrai probablement sur le sujet en fin de semaine après avoir visité en Inde le roi de la toilette, l’entreprise sulabh. Et comme le dit notre vénéré premier ministre indien, « toilets first, temples later ».

Alexandre, à toi la parole… Et on commence à s’attaquer au sujet côté collecte et gisement.

Et les toilettes sèches ? Il existe bon nombre de produits au pouvoir méthanogène. Ceux que l’on trouve le plus souvent dans les centres de méthanisation sont les biodéchets[1], les boues de station d’épuration et les boues récupérées par les professionnels du dragage et du curage. Cependant, d’autres matières organiques pourraient être méthanisées s’il existait des circuits de collecte adaptés ; les excréments animaux (fumier, lisier, fientes de volailles, déjections canines) mais aussi humains[2]. Concernant les excréments d’animaux, plusieurs sources sont disponibles. En premier lieu, les effluents d’élevages et de centres équestres, pratique déjà mis en œuvre dans les grandes exploitations qui disposent de microcentrales. En France par exemple, deuxième fédération équestre mondiale, il existe un projet de méthanisation du fumier équin appelé « Equimeth », qui s’appuie sur la filière équine, très importante en Seine-et- Marne. La délocalisation de nombreuses champignonnières des régions voisines, principal débouché historique du fumier de cheval, avait posé la question d’une valorisation alternative des fumiers équins sur le territoire local. Ensuite, les fientes de volailles, qui contiennent une grande quantité d’azote. De nombreux projets existent pour les exploitations d’élevage, mais à ce jour, aucun projet ne concerne les fientes de pigeons citadins, pourtant gros fournisseurs, ne serait-ce qu’à Paris… Enfin, les déjections canines ramassées sur les trottoirs parisiens. Consoglobe[3] a estimé en 2008 qu’elles représentaient environ 20 tonnes par an en France. Les selles se dégradant mal dans l’eau, leur récupération doit se faire nécessairement à l’aide de toilettes sèches pour une meilleure valorisation. Cette activité, bien que peu développée, offrirait pourtant une matière intéressante et en quantité importante aux centres de méthanisation. En effet, rien que les stocks que récupèrent les loueurs de toilettes sèches[4] qui vendent leur service lors de manifestations publiques essentiellement, représentent une quantité non négligeable. Selon la SACEM[5], 1425 festivals ont été recensés en 2013 (sans compter les autres manifestations publiques : journées mondiales, Scouts, etc.), ceci représenterait donc un stock important de matières organiques à méthaniser. La manne est grande ! Cependant, trois freins majeurs limitent le développement de la filière des toilettes sèches : – Le premier tient aux difficultés d’élaborer un circuit de valorisation (notamment lorsque les agriculteurs et centres de méthanisation sont éloignés du lieu de collecte du stock d’urine et de matières fécales). – Deuxièmement, les toilettes sèches sont aujourd’hui principalement utilisées lors de manifestations publiques ou au sein de villages de vacances, donnant un caractère épisodique à l’activité de cette filière. – Le troisième frein réside dans les a priori (manque d’hygiène, nuisances), souvent infondés. Pourtant, l’utilisation de toilettes sèches est doublement positive. Tout en détournant les excréments du réseau d’assainissement et limitant la consommation d’eau potable[6], il permet la production d’énergie et de compost. Si les réticences vis-à-vis des toilettes sèches sont principalement dues à un blocage culturel [], la Suède a pris sur ce point un peu d’avance. Apparues là-bas avant la seconde guerre mondiale, les toilettes sèches sont complètement entrées dans les mœurs. Au point que certaines communes ne délivrent plus aujourd’hui de permis de construire si la maison n’en prévoit pas. En effet, afin de limiter les consommations en eau, la commune de Tanum (12.000 habitants), en Suède, a interdit depuis janvier 2002 l’installation de toilettes classiques dans la commune. Pour les nouvelles constructions et rénovations, il est obligatoire d’opter soit pour des toilettes sèches, soit pour des toilettes à séparation urine-matière fécale. Depuis 3 ans, des centaines de maisons, ainsi que la bibliothèque municipale et le lycée local, sont désormais équipées par ces nouveaux WC respectueux de l’environnement. Ceux qui ont des toilettes à séparation voient leurs urines collectées par des agriculteurs qui l’utilisent ensuite comme engrais. La matière solide est soit évacuée, soit compostée. D’autres villes de Suède sont actuellement en train d’étudier une réglementation similaire.[7] Cependant, le développement de la méthanisation présente un risque ; celui du renforcement de l’industrialisation de l’agriculture  Qu’elle se fasse au détriment de l’agriculture alimentaire en freinant la recherche de réduction en amont des déchets, voir s’opposant à cette réduction. Ce peut être le cas des plantations de maïs destinés à fournir les centrales de méthanisations pour produire du biogaz. La valorisation n’est alors plus celle d’un déchet, mais d’un produit. Seulement, si cette réflexion peut être vraie concernant les biodéchets, elle ne l’est pas pour les excréments animaux et humains, déchets par excellence. D’autant plus qu’il a été démontré que le pouvoir méthanogène des bioproduits diffère selon leur composition. Les produits méthanisés se complètent donc et les matières fécales sont un bon complément aux biodéchets.

[1] Déchets verts des municipalités et les déchets alimentaires issus de la restauration collective ou des particuliers.

[2] Le lisier est composé des déjections liquides et solides des animaux. Le fumier est un mélange du lisier avec la litière des animaux (paille, foin). Source : http://www.cnrtl.fr/

[3] http://www.planetoscope.com/Animaux/476-kilos-de-dejections-canines-produits-a-paris.html

[4] Parce que ceux issus des toilettes des particuliers constituent un trop faible poids et que le circuit de collecte serait trop difficile à réaliser pour un si petit bénéfice.

[5] Société des Auteurs, Compositeurs et Editeurs de Musique

[6] Les 10 litres d’eau potable (30 à 45% de la consommation d’eau totale d’un ménage) des WC n’étant pas réintégrés dans le réseau, la charge des stations d’épuration s’en trouve d’autant diminuée et le rejet de pollution en rivière réduit en proportion.

[7] http://oser.wordpress.com/2010/09/05/toilettes-seches-en-suede/

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