C’est la crise

Il devient de plus en plus difficile de l’ignorer, le Liban traverse une crise grave dans la gestion de ses déchets. A l’image des papiers du Monde, cette crise est passée d’un fait divers de page 10 en juillet à un symbole d’un Liban deliquescent en page 2 (http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2015/08/20/la-crise-des-dechets-symbole-d-un-liban-deliquescent_4731319_3218.html) ! Comment un petit pays de moins de 5 millions d’habitant, qui dispose d’un bon système de collecte, d’un large soutien international, de professionnels reconnus… a-t-il pu en arriver là. C’est une question à laquelle on peut imaginer quelques réponses simples, et qui illustre combien la gestion de déchets est un domaine qui relève autant d’une excellente exécution que d’un cadre et d’une vision fixée par l’Etat.

Mais tel n’est pas l’objet de ce post. Je m’inquiète surtout de lire et de voir beaucoup de bruits sur l’attribution de marchés publics à des opérateurs internationaux, vraisemblablement pour enfouir ou incinérer ces déchets et, dans une moindre mesure, fleurir des initiatives citoyennes de recyclage.

Mais je vois peu d’annonces ou de réflexions sur la collecte et le traitement des déchets organiques. C’est pourtant une question majeure, à la source de nombreuses considérations vitales pour le Liban comme pour le reste du monde.

D’un côté, donc, des déchets qu’on qualifie d’organiques, et qui représentent au Liban 60% des déchets tout de même. Ces déchets sont humides, ont un faible pouvoir calorifique et « encombrent » les incinérateurs quand ils existent. Ils souillent les autres déchets recyclables, rendant leur tri et leur valorisation compliquée. Quand ils sont enfouis en décharge, ils émettent du méthane dans l’atmosphère si ce gaz n’est pas récupéré convenablement.

D’un autre côté, les sols, appauvris par les pratiques agricoles intensives et pour lesquels il est urgent de boucler le cycle de la matière, de redonner au sol ce qui a été prélevé au moment des récoltes.

Entre les deux, des solutions simples et éprouvées, qui consistent à composter ou à digérer les déchets organiques pour les « rendre » aux sols, sous la forme d’un compost qui remplace avantageusement une grande partie des fertilisants chimiques et qui peut permettre de générer de l’énergie (dont le Liban manque aussi, soit dit en passant), sous la forme de biogas.

Je ne crie pas au miracle. Mettre en place une plate forme de compostage efficace, construire un digesteur ce n’est pas simple, ni bon marché. Mais toute solution qui consiste à bruler ou à enfouir un produit organique qui pourrait retourner au sol est dangereuse pour l’environnement, techniquement inefficace et dangereuse économiquement sur le long terme.

Car, ne l’oublions pas, les attributions en cours vont engager l’Etat ou les villes sur des durées longues, les rendre captifs d’un modèle économique qui repose sur un prix à la tonne, qui incite à produire de plus en plus de déchets pour rentabiliser des investissements lourds.

Mon « appel », si je peux me permettre, est de considérer, dans les réflexions en cours, l’importance d’avoir une filière « organique » à part, identifiée, traitée par des moyens qui favorise la production de compost organique et qui réduise le volume de déchets à traiter par l’incinération ou l’enfouissement.

Ces filières ne peuvent fonctionner qu’à partir d’un tri des déchets organiques à la source. C’est une autre de leur vertu. Elles dépendent structurellement de l’engagement des citoyens, elles créent de l’emploi.

Il est possible de montrer l’exemple, localement, en promouvant au moins deux concepts simples : la réduction du gaspillage alimentaire et la fabrication de compost à l’échelle d’un appartement, d’un immeuble, d’un quartier. Cela peut se faire vite et à moindre frais. Et doit permettre de démontrer l’intérêt de ces filières, de convaincre des financiers et des entrepreneurs de développer des solutions efficaces de collecte, de compostage et de méthanisation. Et, espérons le, de contribuer à changer le regard de l’Etat et de nous tous sur ce que l’on appelle déchet et qui est en réalité une ressource à valoriser.

Une réponse sur “C’est la crise”

  1. Cette ballade inattendue dans le monde des déchets m’a totalement convaincue que l’auteur de ce blog n’est pas seulement un expert de la merde mais aussi un écrvain de talent, pédagogue et plein d’humour voire de poésie. J’attends avec impatience les prochains épisodes de ce parcours touristique libanais d’un genre bien particulier.

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