Allez Bea !

C’est pas tous les jours qu’on a une star du zero waste à Beyrouth. Dans le contexte actuel, voir ici une française habitant à San Fransisco prouver qu’on pouvait réduire ses déchets annuels ultimes à une petite boite qui tient dans la main, ça faisait un peu surréaliste. Tout ça dans le cadre de l’excellent musée Sursock, qui organise pendant encore quelques semaines une belle exposition sur le développement durable.

Bref, tout ça pour dire que cette conférence de Bea Johnson (pour ceux qui ne connaissent pas encore, il suffit de faire un tour sur http://www.zerowastehome.com) a donné un grand coup de marteau sur le clou des convictions vacillantes !

Car le grand sujet de Bea, c’est d’organiser proprement les priorités. Certes, composter c’est bien, certes recycler c’est vertueux, et ça fait partie des 5 priorités (ouf !) mais ça vient bien après les 3 premières actions que tout bon citoyen se doit de mettre en oeuvre : Refuser, Réduire et Réutiliser. Ca a l’air tout bête et un peu incantatoire dit comme ça, mais si l’on tire le fil de cette priorisation, c’est toute une vision de l’économie du déchet et des comportements qui est bouleversé. Car que devient une économie où on réduit l’énergie plutôt que d’installer plus de panneaux solaires, où on refuse l’emballage plastique plutôt que de produire du bioplastique, où on évite d’avoir plus de papier même si c’est compostable ! Bon sang de bonsoir, tous les modèles économiques fondés sur un revenu tiré par kWh, par tonnes traitées… prennent l’eau. Si on pousse le bouchon un peu loin, qu’on s’imagine un monde « bea-tisé », on sent bien que tout ça va nous amener à des modèles de service, où les produits devront être de plus en plus épurés, revendus en « second hand » s’ils ont eu la chance de ne pas être refusés ou réutilisés. Sans parler de la « valeur » de l’emballage, qui représente jusqu’à 70% du prix du produit dans les lessives (et 15% en général).

En dehors de magasins de vente en vrac, dans quoi investir de vraiment vertueux ? Philippe Bihouix dans « l’âge des low tech » développe des arguments très proches. Rien ne sert de s’emballer pour des technologies nouvelles et green (mea culpa, je m’emballe vite) si l’on étudie pas l’ensemble des impact de ces technologies en amont (quelle énergie produite, quels matériaux consommés) en aval (quel retraitement, quel recyclage) et autour d’elles.

Une autre dimension qui m’a sauté aux yeux dans l’exposé de Bea, c’est la place prise par Internet dans ces nouveaux modèles. Je prenais jusque là assez peu au sérieux les discours mettant en avant les « nouvelles technologies » au service du green. Je trouvais ça un peu facile et pas très fondée. Mais j’ai changé d’avis ! Et pour plusieurs raisons : de manière très pragmatique, l’IT permet d’imaginer des échanges « second hand » larges et faciles, des échanges d’idées aussi, de bons plans entre « early adopters » du vrac et du lavage de la cuisine au vinaigre ; mais il permet aussi de dématérialiser un packaging, une dimension que je trouve très intéressante et que j’avais noté lors du dernier Zero Waste Festival chez La Juste Dose à Nancy ; de dématérialiser la lecture aussi bien sur. Mais il permet aussi d’organiser et de rentabiliser une offre de service en masse pour un suivi de composteur, un suivi de produits en vrac…

Bref, c’est plein de nouveaux modèles économiques qui sont en train de poindre, de nouveaux services qui sont en train d’être imaginés pour, au delà d’une simple « greenification » des offres, réinventer le rapport à la consommation et à la production. Au croisement de la sobriété du consommateur et du potentiel ouvert par internet se trouvent des futurs uber du déchet, de l’énergie, du food… un joli monde en vu !

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