Les jardins flottants du lac Inle

Petit souvenir de vacances… !

Mieux que les jardins suspendus de Babylone, encore plus fort que les serres aquaponiques qu’on voit fleurir de par le monde, le lac Inle, en Birmanie, est couvert, sur un quart de sa surface, par des jardins flottants.

Ce lac de 20 kilomètres sur 10 est peu profond, certaines rives sont difficiles à cultiver et sujettes aux inondations. Les Inthas, le groupe ethnique du coin, se sont mis en tête en 1960 de créer des buttes dans l’eau pour y faire pousser des légumes. Des tomates essentiellement. En décembre, le lac devient même le principal fournisseur du pays. Avec la pêche (et de plus en plus le tourisme), les jardins flottants sont devenus l’une de leur source de revenu principale (85% d’après une étude de Thin Nwe Htwe à l’université de Tropentag). La tomate rapporterait un peu plus de 5 000$ par an et par hectare.

L’idée est simple. Les fermiers collectent les jacynthes d’eau et les algues qui abondent dans le lac. C’est l’activité principale d’ailleurs, que l’on voit partout quand on navigue sur Inle. Ils accumulent cette matière, en forment une butte, et rajoutent par-dessus, sur une vingtaine de centimètres, la vase du fond du lac, très riche en nutriments. L’herbe qui y pousse est régulièrement brûlé pour en faire de la cendre, autre apport en nutriment. Une fois « l’ile » formée, les fermiers la « coupe » en bandes d’une dizaine de mètres de long, d’1 mètre de profondeur et 2 mètres de large et la tracte à proximité de la rive, dans une eau de 1 à 5 mètre de profondeur. Cela en fait une butte extrêmement fertile, immergée au tiers, qui flotte et qui est arrimée au fond du lac par des pieux en bambou. Les plantes ont alors accès en permanence à l’eau du lac.

Pas de recherche par contre de symbiose avec les poissons du lac. Une fois récoltée, la butte peut servir à nouveau ou servir de compost pour une nouvelle butte.

Un triple effet bénéfique donc : une augmentation des surface cultivables, une réponse aux difficultés et au coût en travail de l’irrigation sur terre et indirectement un atout touristique supplémentaire pour la région. Et, cerise sur le gateau, une résilience aux inondations.

Quelques challenges environnementaux quand même. Une fois ancrées, ces buttes de terre deviennent permanentes, prennent racine et occupent l’espace aquatique. L’usage de pesticides, fongicides et herbicides ont un impact négatif sur la qualité de l’eau et des zones humides alentours. Ici comme sur terre, les fermiers dépendent de crédits apportés souvent par les vendeurs de graines et d’intrants. Par ailleurs, l’utilisation de graines thailandaises et chinoises nécessitant un lourd apport en intrants a entraîné l’apparition de nouvelles espèces, non natives, de jacynthes et une eutrophisation du milieu. Un contrôle biologique à base d’escargots importés a conduit essentiellement à une prédation des escargots indigènes et des tomates !

Cette pratique ne semble pas très développée ailleurs dans le monde, mais un certain Bodhi Denton fait état de jardins flottants aztèques (les chinampas) qu’il aurait reproduit dans le cadre d’un Permaculture Design Course à Bali. L’article qu’il en a sorti (http://blog.numundo.org/2015/07/07/bali-chinampas-a-mesoamerican-aquaculture-tradition-in-southeast-asia/) est le plus complet que j’ai pu lire sur cette technique et ses racines permaculturelles. Un autre blog sympa, découvert à l’occasion, est celui du « frustrated gardener » (https://frustratedgardener.com/2012/11/10/the-floating-gardens-of-inle-lake/)

 

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