Steak d’autruche à la sauce de résilience

 

Samedi, au moment même où le Liban s’apprêtait, une nouvelle fois, à éprouver sa résilience face à l’interventionnisme de ses grands voisins (je fais bien sur référence à la démission surprise du premier ministre Hariri), le célèbre et non moins brillantissime Cyril Dion présentait son film « Demain » au salon du livre de Beyrouth, parmi un parterre d’ONG, d’activistes et d’entrepreneurs sociaux. La Fondation Diane y avait un stand, bien sur.

Ce film est décidément excellent et l’avantage d’avoir le réalisateur dans la salle c’est que j’ai enfin compris pourquoi ! Le premier truc qui va sans dire et qui me permet une nouvelle segmentation audacieuse, c’est que les Cyril qui utilisent le mot « permaculture » plus de dix fois dans la journée sont rares et donc précieux.

Ensuite, le phénomène que Cyril (pas moi, le connu) a bien décrit, c’est le choc qui saisit face au drame prévisibile, à l’ampleur de la catastrophe environnementale. C’est ce qui m’a le plus surpris après mon stage de permaculture. Mais fichtre, si ce qu’ils disent est vrai, si l’on va bien à court ou moyen terme vers le peak oil et vers un changement climatique majeur, c’est quand même pour le moins ennuyeux et dramatique. Tout le monde a l’air au courant, mais personne n’a l’air effrayé. Ca me force à croire que oui, c’est bien vrai, nos cerveaux nous protègent en se mettant en mode fermeture automatique, en faisant l’autruche quoi. Le truc est tellement lointain, tellement progressif (tant que ça n’explose pas), on se sent tellement impuissant qu’on ne fait rien. La bonne nouvelle, c’est que la meilleure manière de changer, ce n’est pas tellement de rappeler le drame, d’alerter ou de culpabiliser (c’est pourtant ce que j’ai maintenant tendance à faire si je ne me contrôle pas), mais de faire appel à de petites actions plaisantes, locales, accessibles. Comme le précise Roy Hopkins, l’augmentation de 3 degrés qui fait peur aux gens et leur donne envie d’agir, c’est celle de leur verre de bière, pas celle du climat (enfin c’est moi qui reformule et c’est valable surtout pour l’Angleterre !). Et du coup c’est une microbrasserie, pas une manif contre les méchants gens qui ne font pas du compostage qui a lancé la transition à Totnes. Comme Badaro (à Beyrouth) vient de s’équiper d’une microbrasserie, ça donne de l’espoir ! Et une fois que le quartier s’est réuni pour ramasser les crottes de chien, planter quelques légumes… le plus dur est fait et les petits combats peuvent commencer.

L’autre question que je me pose et à laquelle un début de réponse a été apporté samedi c’est comment, finalement, cette somme de petites choses insignifiantes s’aggrégaient pour avoir du sens et faire levier sur le politique. Comment ces petits ruisseaux devenaient de grandes rivières. Pour être tout à fait honnête, ce n’est pas mon combat personnel. Il me suffit de me sentir mieux en retrouvant du bon sens au quotidien, il me suffit de détecter, aider, encourager ces jeunes entrepreneurs fous, il me suffit d’agir sur le territoire où j’habite pour me sentir « comblé » (fulfill comme le disent plus élégamment les anglophones). Mais quand même, il y a un effet ciseau intéressant à observer. D’un côté donc, des initiatives quasi individuelles. Des groupes de citoyens, des habitants, qui mettent en commun leur expertise, leur connaissance, leur envie, leurs moyens pour lancer des projets. Ces groupes essaiment, créent des lieux, des projets… qui « font envie » et qui essaiment, telles de petites taches d’huile sur un lac. De l’autre côté, des villes (plutôt que des Etats) qui s’en resaississent, organisent les initiatives, comme Paris avec les fermes urbaines. Au milieu, des journalistes, des cinéastes, des influenceurs qui font rêver, qui créent des modèles… Et au final, par exemple, un regroupement de villes qui se battent pour rester sous les 2 degrés. Une limite à ce modèle c’est que pour l’heure je n’ai pas encore trouvé les business model efficace de ces projets décentralisés, ni leur capacité à grandir en trouvant leur propre rentabilité. Nul doute que l’internalisation des coûts environnementaux, le développement du crowdfunding, la capacité de clients à accepter de payer plus cher… va changer la donne. C’est un champs de recherche passionnant qui s’annonce.

 

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