Effectuation, la suite

Suite ce soir de mes lectures sur l’effectuation, avec les 5 principes clés selon Sara Saraswati.

Le premier principe, le plus beau, consiste à passer d’une approche cause à une approche d’effectuation. Autrement dit, de passer d’un mode « je me fixe un objectif et je recherche les ressources nécessaires pour l’atteindre, en les planifiant » à un mode « j’identifie mes ressources disponibles et ensuite je vois ce que je peux en faire dans un processus itératif ». Plus imagé, pour préparer un diner je peux soit prévoir de faire un roti de boeur, aller acheter le roti chez le boucher, les champignons chez le maraicher, prévoir de rentrer à 18 heures pour le laisser cuire… soit ouvrir le frigo, voir ce que j’ai dedans et improviser une recette.

Ca, c’est vraiment ce que j’adore dans cette méthode. Car tout entrepreneur dispose au démarrage d’au moins 3 ressources : sa personnalité, ses connaissances (techniques, sociales…) et son réseau de gens qu’il connaît. Partir de ça pour batir un projet, c’est beau et tellement plus stimulant que de pitcher un business plan présentant la « unique selling proposition » pour résoudre un  grave « client pain ».

C’est exactement ce que je me retrouve à faire quand mon épouse nous offre le luxe de débarquer dans de nouveaux pays, de nouveaux contextes, tous les 5 ans en moyenne !

Deuxième principe, celui de la perte acceptable. Très très puissant également. On est tous d’accord, l’entrepreneur dépense aujourd’hui des coûts qu’il peut estimer, pour toucher demain un revenu qui n’est qu’hypothétique. L’arbitrage que fait l’entrepreneur serait moin lié à son espérance de revenu futur, même actualisé, qu’à son évaluation des fonds qu’il est prêt à perdre raisonnablement avant de décider s’il poursuit ou pas. Ce peut être un montant d’indemnité de licenciement qu’il est prêt à perdre, une phase pendant laquelle il conserve des missions de consultant, un niveau d’épargne en dessous duquel il ne descendra pas… Pour être tout à fait honnête, c’est un formidable moyen d’aider à déclencher un acte entrepreneurial mais force m’est de reconnaître que les meilleurs entrepreneurs que j’ai vu avaient une perte acceptable nettement en dessous de la moyenne parce qu’ils accordaient une valeur très importante à leur vision et fondaient beaucoup d’espoir sur leur revenu (en capital) futur. 

Cela explique aussi que les comportements entrepreneuriaux varient avec l’âge. On a surement pas la même idée de la perte acceptable à 20 ans qu’à 50.

Troisième principe, celui du patchwork. Le processus entrepreneurial est avant tout social et repose sur un engagement de plus en plus large des partenaires. C’est un processus itératif : je vais au contact, j’ai des engagements de ces contacts, j’améliore mon plan, j’élargis ma base de partenaires. Au final, je coconstruis une offre avec mes premiers clients. A condition d’être accompagné et orienté vers une finalité « business », c’est un principe très séduisant, qui laisse le temps, évite le « rêve » d’une solution toute faite et légitime les démarches d’incubation. Pour reprendre l’exemple du frigo, je n’ai pas besoin de savoir dès aujourd’hui faire les meilleurs soufflés au monde pour ouvrir mon restaurant. Je commence par faire une omelette avec les œufs que j’ai. J’invite 1, 2, 3, 10 copains pour me donner leur avis, la faire évoluer. Je finis par faire une omelette tellement parfaite qu’elle tape dans l’œil d’un bon pote qui me présente au chef cuistot du quartier, qui me prend comme stagiaire. J’y apprends à faire d’autres plats, je développe mon réseau et acquiers de nouvelles compétences et vient un moment où je deviens expert. C’est un éloge à la ténacité et au réalisme. Avec le nécessaire « coup de pied au cul/amibtion » pour avancer juste ce qu’il faut de plus pour se mettre un peu en danger sans se brûler.

Le 4eprincipe est qualifié de « limonade » et est décrit ainsi : si on t’envoie des citrons, fabrique de la limonade. Autrement dit, on ne pourra jamais éviter les surprises, rien ne sert de s’en protéger. Autant les recherchers et d’avancer en s’appuyant dessus. 

5eet dernier principe, on ne découvre pas l’avenir, on le crée. L’avenir n’est pas déterminé à priori, il est créé par les actions de l’entrepreneur. Celui-ci serait celui qui met fin à une tendance du secteur, qui fait changer de logiques. Il faudrait de ce point de vue se méfier parfois des experts (là encore moi le premier) qui ont par déformation la crainte de ce qui ne « colle » pas aux invariants du secteur tels qu’ils les connaissent.

Well, de biens beaux principes, très séduisants. Certainement pas adaptés à une « élite » entrepreneuriale capable et habitué à prendre des risques importants, sur-performant dans la capacité à développer une vision et à entraîner la terre entière autour de cette vision.

Mais une série d’outils et de principes très utiles à toutes celles et tous ceux qui oeuvrent au quotidien pour démocratiser, décomplexifier, démythifier l’entrepreneuriat.

Et un intéressant rappel à la réalité, à articuler avec des pratiques plus conventionnelles.

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