Jean Pierre

Aujourd’hui, je me suis « fait » un Granger. Oui, fait un Granger comme on se « fait » un Desplechin quand on aime le cinéma d’auteur ou comme je me « fais » de temps en temps un Russel Banks ou un Philip Roth quand on aime la bonne littérature américaine.

C’était pour une occasion un peu spéciale, triste. La disparition d’un grand monsieur qui, comme pour beaucoup de « jeunes » de ma génération, a représenté une figure, une autorité morale doublée d’une extrême disponibilité (c’est fou quand même comme les gens les plus brillants sont aussi les plus simples à rencontrer). Un grand monsieur, donc, qui s’appelait Jean Pierre Worms, et que j’ai par chance revu il y a quelques mois, à l’occasion d’un passage au siège d’Initiative. Il parlait de ses futurs projets, de la mobilisation citoyenne sur l’environnement à l’occasion des jeux olympiques. Père fondateur et gardien du temple du réseau Initiative France. Gardien de ce que ce réseau a de plus intéressant, c’est à dire pas son outil, pas le nombre de créateurs qu’il finance par an, mais sa logique territoriale, sa construction patiente d’outils non prétentieux qui maillent tout ce que le territoire a d’actif au service d’un droit à entreprendre pour tous. Et qui dans une perspective bourdieusienne renouvelée (excusez moi, faut bien jargonner un peu pour ne pas trop se faire comprendre et du coup passer ses idées !), met au centre de la relation entre prêteur et entrepreneur la logique de l’honneur. Une chercheuse en ESS de Tizi Ouzou évoquait justement avec moi avant hier les premiers travaux de Bourdieu en Kabilye sur le prêt à honneur ! Je vais reprendre les mots de Jean-Pierre, eux-mêmes repris par Benoit, qui mériteraient d’être commentés (je le ferais un jour) mais qui ont le mérite de poser de manière claire les choses : « « le prêt à intérêt épuise la relation. Le prêt sur l’honneur la crée ».

Non content de se reposer sur des lauriers bien mérités, Jean Pierre avait l’intuition que sa génération avait raté le virage de l’environnement, que c’était la prochaine vague qui méritait une mobilisation citoyenne et des outils innovants pour l’organiser.

Je n’aurais jamais le talent de Benoit Granger (ni son grand âge, qui le rende sage !) et renvoie donc vers son hommage, qui résume exactement mes sentiments à l’égard de Jean Pierre et du réseau dont je me sens membre au sens plein du terme. Que ce soit en Mayenne avec les équipes et les bénévoles réunis par Carine, ou à l’international sous la houlette du brillant Bruno, les valeurs d’engagement territorial et de respect de l »initiative économique transpirent et transcendent les idéologies, les continents et les mouvances politiques ! A lire sur https://www.linkedin.com/pulse/mon-hommage-à-lélégant-jean-pierre-worms-cofondateur-france-granger/

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