La petite bande

C’est statistiquement assez improbable, mais au cas où des lecteurs de ce billet seraient aussi des spectateurs sur le point d’aller voir la dernière livraison du réalisateur Pierre Salvadori, je dois prévenir qu’il y a ci-dessous quelques spoilers.

Il se trouve que « la Petite Bande » passait hier au cinéma Atlas de Rabat et que dans la torpeur de la fin d’été marocaine nous avons pris un grand plaisir à découvrir les aventures de ce groupe d’écoliers mettant le feu à une usine, enlevant un patron pollueur (mais qui donne à des associations) et le torturant. On s’est réjouit, sur une bande originale enlevée, de l’accident de voiture mortel dudit patron causé par la digestion délicate de l’eau de la rivière polluée par son usine.

C’est très questionnable moralement, un peu dérangeant, mais le film est excellent, les paysages corses splendides et au fond, ce que j’en retiens c’est l’impression d’une inertie qui est en train de fortement évoluer.

Ce que le film met en scène, c’est une génération dont les motivations environnementales, pas forcément fondées sur de la science, sont « ancrées » et spontanées. Une génération qui agit, qui prend position et met en place des stratégies évoluées sans recours à la technique et à la science. Qui déteste, à mort (au sens littéral) l’atteinte à l’environnement mais aussi, surtout, la fausseté des comportements « hypocrites », les discours polis du chef d’entreprise sur l’attention à ne pas polluer et le don à des associations au moment même où il ne prend pas soin de la rivière. La tonalité du film laisse à penser que c’est normal, que les enfants font ce qu’il faut, que le patron n’a que ce qu’il mérite.

C’est évidemment outrancier, caricatural, c’est une comédie, il y a beaucoup d’autres messages derrière. Mais ce que j’en retiens pour moi c’est que l’inertie change. On ne pourra plus, face aux consommateurs, aux entrepreneurs, aux salariés, aux décideurs de demain qui sont les enfants d’aujourd’hui, recourir au discours rassurant de la réconciliation entre écologie et économie, de la croissance et de la durabilité. Qu’on le veuille ou pas, ils n’en voudront pas. Et ils auront pour eux des manifestations climatiques, physiques, de moins en moins discutables. C’est ce qui rend ce « mur », ce contexte, très nouveau.

C’est un peu flippant pour un vieux comme moi. Mais c’est aussi très excitant d’imaginer les nouveaux modèles économiques, les nouvelles postures, les nouvelles manières de gérer les compromis, les nouveaux enjeux de mode de vie, de rapport au travail…

Il y a un moment que j’attends depuis plusieurs années et qui est en train d’arriver. Celui où les « raisonnables », à la recherche de la modération et de l’équilibre (bref les mecs comme moi !), intègrent véritablement l’enjeu de la sobriété dans leurs plans, parlent avec les soi-disant « amish » et s’appuient sur les ptits djeunes qui déboulent sur le marché du travail pour trouver les solutions nouvelles au monde qui s’annonce. Il y a encore du boulot, mais l’enjeu commence au moins à être présenté, quantifié (je rendrais compte dès que je l’aurai fini du passionnant rapport sur les inégalités mondiales de Lucas Chancel et de sa bande de Picketty boys and girls) et donc affrontable

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