En état de sobriété avancée

Super Janco a encore frappé ! Et cette fois aux Universités d’Eté du Mouvement Impact France. Au rythme où vont les choses ça va bientôt paraître ringard et conservateur de parler de sobriété.

Le Mouvement Impact France, ex MOUVES, a toujours été un très sympathique et stimulant repaire d’entrepreneurs « à impact » de tout poil. Qui avait tout de même il faut bien le reconnaitre une légère tendance à la startupisation et la dépolitisation du débat sur l’impact. Avec son corollaire « d’évidence » : « on peut faire de l’impact sans sacrifier la rentabilité et la croissance ». So 2021 ! Les modèles voyageurs ont changé et sans vouloir faire mon malin, je me sens beaucoup moins seul à penser que non, face au mur, aux enjeux climatiques et énergétiques, on ne peut pas tout combiner. Que quelqu’un, quelque part, va devoir faire un sacrifice, que ce soit l’entrepreneur, l’actionnaire, le client, la collectivité. Et alors Janco superstar a eu 2 très belles sorties à ces universités :

  • une définition très pédagogique des formes d’économies d’énergie. C’est pas compliqué, la première manière, la plus simple et confortable, c’est l’efficacité énergétique (on consomme moins de ressources pour produire ou consommer, on a plus de lumen par watt, plus kilomètre par litre d’essence…). Ca fait plaisir à tout le monde mais la bonne nouvelle c’est qu’il n’est plus obligatoire aujourd’hui de démontrer que ça ne suffit pas. La deuxième manière, c’est la sobriété. Une acceptation planifiée et désirée de réduire son usage d’un service ou d’un confort (on baisse un peu le chauffage ou la clim, on renonce à un voyage en avion…). C’est plus difficile mais c’est désiré. Et la troisième manière, c’est la pauvreté. La pauvreté c’est comme la sobriété mais ce n’est pas désirée (je renonce au voyage en avion non pas parce que socialement et physiquement c’est quand meme plus sympa de faire une randonnée à vélo, mais parce que le prix du billet a été multiplié par 10 ou que les vols sont rationnés).
  • un constat « physique » implacable. Pour contenir le réchauffement à 2 degrés (ce qui provoquerait déjà des trucs pas très rigolos), il va falloir réduire l’utilisation de l’énergie de 5% par an et en conséquence la croissance de 2% par an (soit l’équivalent de l’impact du covid).

Ca pose l’enjeu exactement au bon endroit pour les entrepreneurs à impact. Certes, il reste intéressant de trouver des voies d’efficacité, d’amélioration mais le vrai enjeu, la vraie excitation, le vrai défi, le vrai plaisir à entreprendre c’est la recherche de nouveaux modèles, qui créent du désir et de l’envie, qui permettent la sobriété plutôt que la pauvreté. Ca veut dire aussi qu’innover pour démontrer que c’est possible, chercher des chemins de traverse… prend un autre sens.

La vraie nouveauté je trouve, probablement parce que le constat est peu polémique et aujourd’hui très partagé, c’est que peu à peu, l’ensemble des professionnels, des chercheurs, des politiques, commencent à se mouler dans ce type de raisonnements. Les financiers sont encore en retard. Le discours moyen reste celui au mieux d’une réduction de la rentabilité pour gagner en impact. Mais le jour où l’intelligence des gestionnaires de fonds se dédiera à des modèles compatibles avec une économie qui se contracte de 2% par an, on aura fait un énorme pas.

Il semble que les générations qui arrivent aient « embarqués » cette vision du monde. Ca donne de l’espoir !

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