Un bon financier vert, c’est un financier vert mort, parce qu’on peut le composter…

A lire en écoutant le très bon podcast du caustique Guillaume Meurice, qui vient titiller la complexité de relier finance et développement durable sur.

Cyrille, le dynamique animateur du master d’entrepreneuria social à l’ESSCA (l’école de Commerde de Angers) qui a aussi été un « compatriote » à Pondicherry il y a une dizaine d’années, m’a donné l’occasion d’essayer de transmettre, en anglais, à 30 étudiants venus du monde entier, des idées sur la finance sociale et de montrer que malgré tout, on peut chercher à combiner impact et retour sur investissement !

Pas facile, mais l’occasion d’essayer de formaliser quelques notions, que je propose dans deux documents, l’un tourné vers la demande et l’autre vers l’offre. A télécharger ici et là.

ESSCA Social Finance 1

ESSCA Social Finance 2

 

Organique… ta mère

Une petite carte postale de la place des Martyrs à Beyrouth, où je viens de passer quelques jours bien intéressants dans le cadre d’une mission d’évaluation d’un dispositif de subvention conditionné à un prêt.

Triplement intéressant donc :

  • Et un, une observation in situ des leviers possibles pour améliorer les financements bancaires et d’institutions de micro finances.
  • Et deux, cette très belle image de la place des Martyrs où, comme en Algérie, la gestion « citoyenne » des déchets, y compris ici des déchets organiques, fait partie intégrante de la révolution.
  • Et trois, les retrouvailles avec les entrepreneurs, citoyens, amis de Beyrouth qui tous espèrent, se battent et vivent une période historique.

 

Prêt d’honneur quand tu nous tiens

Avec l’amie Ninon et le camarade Bruno, on sort en décembre l’étude la plus complète, la plus étonnante et la plus sensationnelle sur le prêt d’honneur en Afrique. Des dizaines de fonds interrogées, des pratiques exceptionnelles, des valeurs ancrées et des perspectives uniques…

Si vous êtes du côté de Marseille le 4 décembre, venez voir ça à Emerging Valley (https://www.emergingvalley.co/).

(PS : l’illustration de cet article n’engage que moi !)

Liban

Il se passe des trucs très très chouette au Liban en ce moment. Tous ces gens qu’on fréquentaient, toutes ces initiatives qu’on observaient, tous ces mouvements potentiels qu’on espérait sont dans la rue et forment aujourd’hui une chaine humaine de Tripoli à Tyr. Très très chouette.

Une micro initiative qui n’a rien a envié à la manière dont le hirak algérien fait attention à la gestion de ses déchets : « A purely lebanese breakfast » propose aux volontaires qui nettoient après les manifs un petit déjeuner organique et local, financé pour 25% par le produit de la revente des bouteilles en plastique ramassées ! L’économie circulaire au coeur de la manif !

Miracle à Alger

Pourquoi pas un petit Dutronc, par exemple « Et moi et moi et moi » pour accompagner la lecture de ce post en restant dans le thème.

Double miracle en septembre dernier à Alger. Il m’a fallu un bon mois pour m’en remettre et parvenir à écrire dessus.

Premier miracle : une série de poubelles, dans les rues d’Alger, qui non seulement permettent un tri sélectif incluant une partie organique, mais vont jusqu’à séparer le pain du reste. Je ne vois pas bien l’intérêt de ce rafinnement, mais après tout le pain, c’est un flux facile à identifier. Le résultat est assez impressionnant : le pain gaché est avec le pain gaché, les organiques avec l’organique et les recyclables dans le bac des recycables. Tout le monde est bien rangé et prêt (espérons le) à rejoindre un point d’évacuation « censé » !

Deuxième miracle : ce même jour, par un hasard dont le doigt occulte argouinistique a le secret, Bruno Parmentier donnait une conférence à l’Institut Français d’Alger. Bruno Parmentier ? Mais si, l’auteur de « Nourrir l’humanité », de « Agriculture, Alimentation et Réchauffement climatique » (tout ça à découvrir sur son site). Mais aussi l’ancien directeur de l’Ecole Supérieure d’Agriculture d’Angers. Hasard sympa, donc, et l’occasion de découvrir son talent oratoire pour mettre en exergue quelques principes et ordres de grandeur pas toujours intuitifs, parfois flippants, mais au bout du compte salutaires.

800 millions

Premier indicateur, qu’on soit en 1900 ou en 2019, 800 millions de personnes meurent de faim dans le monde. C’est une énorme amélioration d’un point de vue relatif (on est passé entre temps de 1,8 milliard à 7,6 milliard d’habitants), mais un échec par rapport aux objectifs du millénaire, qui visaient de réduire la faim dans le monde de moitié, à 400 millions de personnes.

Dans le détail, ces 800 millions sont très majoritairement en Asie (515 millions), de plus en plus en Afrique (257 millions), 39 millions en Amérique Latine et 9 millions dans les pays développés.

La faim dans le monde il y a 50 ans, c’était la Chine (500 millions de petits chinois, et moi et moi et moi). Aujourd’hui c’est l’Inde et demain ça sera l’Afrique. Rendons nous compte, la faim concerne 20% de la population indienne (soit tout de même 200 millions) mais… 40 à 50% de la population africaine grandissante.

Au delà de ces 800 millions, 1 milliard d’habitant ne consomme qu’un seul aliment par jour et un autre milliard est en situation de précarité alimentaire.

Pas d’explication définitive sur ces 800 millions. Est ce un plancher ? un état de fait ? une aberration statistique… ? Un travail d’analyse demeure.

Il n’en reste pas moins que pour réduire d’autant la part relative dans le monde de la pauvreté, il a bien fallu que la production de mais, de blé, de riz et de légumes explose plus rapidement que la croissance de la population. C’est l’un des miracles de ce dernier siècle.

Continuer la lecture de « Miracle à Alger »

Effectuations mayennaises

Pour ce post, l’écoute de meme les Watts s’impose. Un excellent et dynamique groupe mayennais…

Quelques belles (re)decouvertes en terre de Mayenne, qui n’en finit pas de combler mon appétence à l’entrepreneuriat et à l’effectuation.

Effectuation dans le sens d’une manière d’entreprendre qui part des ressources disponibles, du territoire tel qu’il est, qui fabrique de la limonade au fur et à mesure qu’on lui envoie des citrons, qui avance par étape en écoutant ses clients. Et qui, étrangement, n’a pas toujours l’impression qu’il est une entreprise.

A tout seigneur tout honneur, Au Local poursuit l’enrichissement de son offre et propose maintenant de ceuillir des tomates dans les serres pour 1€ le kilo, ou de ramasser des plantes aromatiques autour de la boutique. Très malin, pas sur-marketé, introduit tout simplement. Une belle manière d’équilibrer le modèle. Vente de légume, participation bénévole des clients qui acceptent de tenir la caisse, acceptation par les fondateurs d’une rémunération limitée… permettent de boucler une production bio, locale et pas chère.

La librairie J’M Lire, qui fait notre bonheur tous les jours sur la place de Chateau Gontier, fêtait ses 10 ans de belle manière, en faisant « librairie ouverte » toute la nuit et en proposant musique (meme les watts) et cocktails aux résidents et clients. Là encore, une offre commerciale, intelligente, adaptée à son environnement…

Centrale 7, enfin, un lieu unique conseillé par l’également unique Jean Dominique. Des ateliers d’artiste implantées dans une ancienne mine, qui mélange art, histoire et inscription territoriale.

Je ne voudrais pas paraître trop optimiste, mais j’ai l’impression que ces gens, ces entrepreneurs font partie du mouvement de « réaccaparation » de la propriété à laquelle renvoie Thomas Picketty dans son dernier opus (que je n’ai pas lu, je ne parle que sur la foi de sa très bonne interview sur Culture ce matin). Que le prêt d’honneur accompagne ces « petits » entrepreneurs dans l’accès à la propriété de leur travail et de leur outil de production me réjouit !

Moyen Age II, le retour, mais en mieux

Je recommande l’écoute de Miami (Baxter Dury) avec ce papier.

L’excellente Anne Sophie a deux qualités. Tout d’abord elle vient de rédiger un guide des métiers de l’Economie Sociale et Solidaire en Algérie, sous ma très haute expertise (c’est à dire que j’ai avec grande attention relu et approuvé ses travaux). Ce guide vient compléter une série de livrets qui décrivent plusieurs filières « d’avenir » sur 4 territoires algériens et appuieront, espérons le, la nouvelle génération d’entrepreneurs sociaux qui pullullent ici comme ailleurs. Un petit geste pour une Renaissance de l’entrepreneuriat algérien !

Mais par ailleurs, Anne Sophie m’a indiqué l’existence d’un podcast du meilleur acabit, sur France Culture, qui retrace l’histoire des déchets, du moyen âge à nos jours. Grosso modo le passage d’un monde de déchets organiques trainant dans les rues, générant compost mais aussi odeurs, à l’hygiénisme au 18eme puis à la recherche d’un monde sans déchet.

J’en suis au début, mais déjà un « striking point » : il n’est pas possible que cette histoire n’ait pas laissé des traces dans nos cerveaux reptiliens. Inciter aujourd’hui, imposer demain le tri à la source des biodéchets c’est tout de même susciter la crainte d’un retour où les maladies, les odeurs, les nuisances se propageaient.

Au 19eme cela dit, les « boues », qu’elles soient d’origine animale ou humaine, sont recyclées et revendues aux maraichers une fois que les collecteurs sont passées. Les villes rendent aux campagnes ce qu’elles ont prélevées sous la forme d’alimentation, dans un contexte d’accroissement de la population urbaine (entrainant un besoin plus important de production, donc d’engrais et une concentration plus forte de déchets à recycler). Moderne, non ?

Quoi qu’il en soit, c’est symboliquement beaucoup plus complexe que le tri des déchets recyclables, dont par ailleurs le geste tri est apparu relativement à la même époque que leur génération. Ca ne fait pas très longtemps qu’on vit avec du plastique. A peine 2 ou 3 générations à reprendre.

L’organique c’est différent. Du coup, deux solutions :

  • travailler à une offre efficace, chaleureuse et rassurante de collecte et d’évacuation. Partout les initiatives fleurissent. Avec les amis Jean Louis et Marcel, il faut que ça arrive aussi en Mayenne. Si ça peut aussi créer de l’emploi et du lien social, c’est encore mieux.
  • Combiner cette offre a un gros travail de sensibilisation, d’inscription de la gestion des biodéchets dans une boucle « organique » qui part du mieux cultiver au mieux manger et passe par le moins gaspiller. Des modèles antinomiques avec les approches « à la tonne » traditionnelles dans le monde du déchet, et qui obligent à travailler en pool avec des acteurs privés, des collectivités et des associations.

Miam, miam ! C’est quand qu’on passe à table ?!

Pour les plus gourmands, les 4 épisodes sont à écouter ici.

Offres

Le secteur se développe, les petits malins qui auront choisi de bosser dans les fonds à impact ou les start up de l’innovation sociale ont dorénavant plus de propositions que les pauvres étudiants qui auraient choisi les voies classiques de la Bourse ou de l’avis.

Pour éviter de tomber sur un bullshit job (cf mon post à ce sujet), je vous recommande de regarder ce qui se passe du côté de Moon, le très beau projet monté par The social entrepreneur of the decade, mister Thomas Samuel. Et vous pouvez devenir DG de cette boite. Once in a lifetime opportunity comme dirait l’autre.

Pour les plus financiers, ceux qui voudraient creuser le financement de la PME en Afrique dans un fonds historique, sincère, engagé, professionnel… le FADEV recherche lui aussi son directeur ou sa directrice opérationnelle. A lire ici.

Pour ceux qui n’auront pas été retenus, il reste les apéros des Paumés, ce très intéressant et malin réseau monté par ces foufous de MakeSense.

Tiberine, automne 2019

(à écouter avec Moon, de Eerie Wanda, qui m’accompagne aussi dans mes méditatives sorties en vélo le long de la Mayenne !)

Ceux qui me connaissent savent que les deux flux dans lesquels je crois sont ceux du prêt d’honneur et des déchets organiques. Pas tellement et pas assez peut être dans ceux de la spiritualité.

J’ai pourtant le privilège de cotoyer au long de ma mission algérienne Benoit, qui nous a conduit, avec les très agréables compagnons de voyage Patrick et Anne Sophie au monastère de Tibérine. Celui là même qui vit 7 moines décapités pendant les années noires algériennes et dont l’extraordinaire « Des hommes et des dieux » rend compte de la charge émotionnelle. 2 moines et 2 soeurs y vivent aujourd’hui et y accueillent régulièrement pélerins ou importuns, musulmans pour la plupart, heureux de faire vivre l’héritage de Père Christian, dont le très émouvant testament peut être lu ici ou vu en clôture du film de Xavier Beauvois.

Au delà du calme et de la beauté de l’endroit, j’ai eu ce week end, à la contemplation du très simple aménagement des tombes, à la tranquillité de la célébration, à la paisible joie de faire une tarte aux figues avec soeur Brigitte, à l’agréable promenade dans le verger et le potager… une indiscible impression que le monde était simple et facile ! L’une des soeurs s’attèle à rendre tout ça « bio », une deuxième soeur arrive pour permaculturer l’ensemble et quelques ruches tentent de produire un peu de miel.

Oui, vraiment, c’est bien ce que je mets personnellement derrière ce mot un peu galvaudé de permaculture. Pas tellement des buttes ou des planches, mais plutôt ce sentiment d’évidence et de simplicité, de temps laissé au temps (les mecs, pardon les moines, ont tout de même un engagement de stabilité… à vie), d’espace laissé aux gens pour prendre leur place, d’intervention minimum, de culture du sol qui porte plutôt que de la plante, qui n’est pas sans me rappeler la célèbre théorie du « doigt occulte » du mécréant mais visionnaire Jean Michel ou la vie choisie par les Racines du Ciel au Liban par exemple. Les choix économiques d’un magasin comme au Local, également. C’est peut être à ce prix qu’on trouvera les alternatives. C’est en tout cas dans ces univers qu’elles s’épanouissent en douceur et en évidence.

Une pensée, également pour relier mes deux flux préférés. L’argent, c’est comme l’engrais. A trop en mettre, a trop chercher l’accélération, on va dans le mur, on crée des bulles qui passent « à côté » des clients. A couvrir l’entrepreneur de confiance, à le laisser grandir sans l’étouffer, en fertilisant l’écosystème, le territoire, on favorise des dynamiques durables. Ce qui n’empêche pas, dans cet espace, de viser la plus grande productivité et efficacité possible. Et si c’était dans la manière de faire grandir les boites, dans le rythme, qu’il fallait qu’on cherche, autant que dans l’impact ou la gouvernance ? Une pensée supplémentaire pour un permabusiness !

Y’a de l’espoir et vraiment, rares lecteurs, je nous en conjure, Keep it Simple !

ESS algérienne

Belles vibrations lundi à l’occasion du lancement du plan de développement de l’Economie Sociale et Solidaire, dans le cadre de ma mission en cours au sein du Programme PAJE à Alger.

Des entrepreneurs sociaux courageux, des cadres publics engagés, des universitaires visionnaires, des « bonnes fées » pour aider à réussir, trois experts internationaux complémentaires et éclairés (Tarek Ghezali, Jean Gatel et Zinn Dinn Boukhenaissi). Un excellent cocktail pour lancer la campagne « l’ESS une chance pour l’Algérie ».