Moyen Age II, le retour, mais en mieux

Je recommande l’écoute de Miami (Baxter Dury) avec ce papier.

L’excellente Anne Sophie a deux qualités. Tout d’abord elle vient de rédiger un guide des métiers de l’Economie Sociale et Solidaire en Algérie, sous ma très haute expertise (c’est à dire que j’ai avec grande attention relu et approuvé ses travaux). Ce guide vient compléter une série de livrets qui décrivent plusieurs filières « d’avenir » sur 4 territoires algériens et appuieront, espérons le, la nouvelle génération d’entrepreneurs sociaux qui pullullent ici comme ailleurs. Un petit geste pour une Renaissance de l’entrepreneuriat algérien !

Mais par ailleurs, Anne Sophie m’a indiqué l’existence d’un podcast du meilleur acabit, sur France Culture, qui retrace l’histoire des déchets, du moyen âge à nos jours. Grosso modo le passage d’un monde de déchets organiques trainant dans les rues, générant compost mais aussi odeurs, à l’hygiénisme au 18eme puis à la recherche d’un monde sans déchet.

J’en suis au début, mais déjà un « striking point » : il n’est pas possible que cette histoire n’ait pas laissé des traces dans nos cerveaux reptiliens. Inciter aujourd’hui, imposer demain le tri à la source des biodéchets c’est tout de même susciter la crainte d’un retour où les maladies, les odeurs, les nuisances se propageaient.

Au 19eme cela dit, les « boues », qu’elles soient d’origine animale ou humaine, sont recyclées et revendues aux maraichers une fois que les collecteurs sont passées. Les villes rendent aux campagnes ce qu’elles ont prélevées sous la forme d’alimentation, dans un contexte d’accroissement de la population urbaine (entrainant un besoin plus important de production, donc d’engrais et une concentration plus forte de déchets à recycler). Moderne, non ?

Quoi qu’il en soit, c’est symboliquement beaucoup plus complexe que le tri des déchets recyclables, dont par ailleurs le geste tri est apparu relativement à la même époque que leur génération. Ca ne fait pas très longtemps qu’on vit avec du plastique. A peine 2 ou 3 générations à reprendre.

L’organique c’est différent. Du coup, deux solutions :

  • travailler à une offre efficace, chaleureuse et rassurante de collecte et d’évacuation. Partout les initiatives fleurissent. Avec les amis Jean Louis et Marcel, il faut que ça arrive aussi en Mayenne. Si ça peut aussi créer de l’emploi et du lien social, c’est encore mieux.
  • Combiner cette offre a un gros travail de sensibilisation, d’inscription de la gestion des biodéchets dans une boucle « organique » qui part du mieux cultiver au mieux manger et passe par le moins gaspiller. Des modèles antinomiques avec les approches « à la tonne » traditionnelles dans le monde du déchet, et qui obligent à travailler en pool avec des acteurs privés, des collectivités et des associations.

Miam, miam ! C’est quand qu’on passe à table ?!

Pour les plus gourmands, les 4 épisodes sont à écouter ici.

Offres

Le secteur se développe, les petits malins qui auront choisi de bosser dans les fonds à impact ou les start up de l’innovation sociale ont dorénavant plus de propositions que les pauvres étudiants qui auraient choisi les voies classiques de la Bourse ou de l’avis.

Pour éviter de tomber sur un bullshit job (cf mon post à ce sujet), je vous recommande de regarder ce qui se passe du côté de Moon, le très beau projet monté par The social entrepreneur of the decade, mister Thomas Samuel. Et vous pouvez devenir DG de cette boite. Once in a lifetime opportunity comme dirait l’autre.

Pour les plus financiers, ceux qui voudraient creuser le financement de la PME en Afrique dans un fonds historique, sincère, engagé, professionnel… le FADEV recherche lui aussi son directeur ou sa directrice opérationnelle. A lire ici.

Pour ceux qui n’auront pas été retenus, il reste les apéros des Paumés, ce très intéressant et malin réseau monté par ces foufous de MakeSense.

Tiberine, automne 2019

(à écouter avec Moon, de Eerie Wanda, qui m’accompagne aussi dans mes méditatives sorties en vélo le long de la Mayenne !)

Ceux qui me connaissent savent que les deux flux dans lesquels je crois sont ceux du prêt d’honneur et des déchets organiques. Pas tellement et pas assez peut être dans ceux de la spiritualité.

J’ai pourtant le privilège de cotoyer au long de ma mission algérienne Benoit, qui nous a conduit, avec les très agréables compagnons de voyage Patrick et Anne Sophie au monastère de Tibérine. Celui là même qui vit 7 moines décapités pendant les années noires algériennes et dont l’extraordinaire « Des hommes et des dieux » rend compte de la charge émotionnelle. 2 moines et 2 soeurs y vivent aujourd’hui et y accueillent régulièrement pélerins ou importuns, musulmans pour la plupart, heureux de faire vivre l’héritage de Père Christian, dont le très émouvant testament peut être lu ici ou vu en clôture du film de Xavier Beauvois.

Au delà du calme et de la beauté de l’endroit, j’ai eu ce week end, à la contemplation du très simple aménagement des tombes, à la tranquillité de la célébration, à la paisible joie de faire une tarte aux figues avec soeur Brigitte, à l’agréable promenade dans le verger et le potager… une indiscible impression que le monde était simple et facile ! L’une des soeurs s’attèle à rendre tout ça « bio », une deuxième soeur arrive pour permaculturer l’ensemble et quelques ruches tentent de produire un peu de miel.

Oui, vraiment, c’est bien ce que je mets personnellement derrière ce mot un peu galvaudé de permaculture. Pas tellement des buttes ou des planches, mais plutôt ce sentiment d’évidence et de simplicité, de temps laissé au temps (les mecs, pardon les moines, ont tout de même un engagement de stabilité… à vie), d’espace laissé aux gens pour prendre leur place, d’intervention minimum, de culture du sol qui porte plutôt que de la plante, qui n’est pas sans me rappeler la célèbre théorie du « doigt occulte » du mécréant mais visionnaire Jean Michel ou la vie choisie par les Racines du Ciel au Liban par exemple. Les choix économiques d’un magasin comme au Local, également. C’est peut être à ce prix qu’on trouvera les alternatives. C’est en tout cas dans ces univers qu’elles s’épanouissent en douceur et en évidence.

Une pensée, également pour relier mes deux flux préférés. L’argent, c’est comme l’engrais. A trop en mettre, a trop chercher l’accélération, on va dans le mur, on crée des bulles qui passent « à côté » des clients. A couvrir l’entrepreneur de confiance, à le laisser grandir sans l’étouffer, en fertilisant l’écosystème, le territoire, on favorise des dynamiques durables. Ce qui n’empêche pas, dans cet espace, de viser la plus grande productivité et efficacité possible. Et si c’était dans la manière de faire grandir les boites, dans le rythme, qu’il fallait qu’on cherche, autant que dans l’impact ou la gouvernance ? Une pensée supplémentaire pour un permabusiness !

Y’a de l’espoir et vraiment, rares lecteurs, je nous en conjure, Keep it Simple !

ESS algérienne

Belles vibrations lundi à l’occasion du lancement du plan de développement de l’Economie Sociale et Solidaire, dans le cadre de ma mission en cours au sein du Programme PAJE à Alger.

Des entrepreneurs sociaux courageux, des cadres publics engagés, des universitaires visionnaires, des « bonnes fées » pour aider à réussir, trois experts internationaux complémentaires et éclairés (Tarek Ghezali, Jean Gatel et Zinn Dinn Boukhenaissi). Un excellent cocktail pour lancer la campagne « l’ESS une chance pour l’Algérie ».

Quelle valeur pour la chaine ?

L’ami Rudy, récemment rencontré en Algérie est, à son corps défendant, à l’origine de ce post. D’abord parce qu’il m’a fait découvrir le très fantastique Canva.com, qui me permet dorénavant de doubler le poids de mes mots par le choc d’une vignette que j’espère bien créer à chaque nouvelle publication, égayant cette page et léguant pour la multitude des paroles de sagesse.

Mais, surtout, Rudy m’a traîné en Kabylie le week end dernier. Cette virée a été l’occasion de prendre lien avec 2 expériences d’innovations sociales comme je les aime.

A un bout de la chaîne, Ahmed Ferkane, brillant patron de Revaplast qui, comme tous les brillants patrons, a vécu une vingtaine de vies. Editeur de journal en Belgique, commerçant en Espagne, commercial de tout et partout, cet homme a une rage de réussir et de vendre qui force le respect. La chance a voulu qu’il la mette au service d’un projet dans sa région d’origine, près de Akbou, et qu’il se mette en tête de traiter le plastique. Son outil de production (une belle presse belge, un convoyeur et 26 salariés) lui permettent de trier, broyer, laver, séchet et mettre en balle 3 tonnes de plastiques issus d’ordures ménagères par jour. Il semble capable, avec la marge générée sur la revente des granules plastiques aux industriels alentours d’entretenir une flotte de véhicules de collecte passant chaque semaine dans la cinquantaine de villages dotés de points d’apport volontaire. Tout ça dans un impressionnant rayon d’une centaine de kilomètres. Le modèle repose sur le talent commercial de Ahmed et sur une dose non négligeable de bénévolat apporté par l’entreprise et ses partenaires associatifs.

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La Finance a t-elle un sexe (ou une religion ?)

A la question du sexe, répondons directement « Non » pour simplifier et ne pas nous embarquer dans des débats inutiles. La fameuse « fearless girl » faisant face au buffle de Wall Street le symbolise assez, c’est des femmes que vient le changement et le courage d’affronter les vents contraires et les dogmes dominants. Pas de bol pour moi, mais après tout n’avons nous pas tous une part féminine en nous.

Non, ce dont je voulais causer aujourd’hui c’est de finance islamique. L’ami Bruno avait introduit il y a déjà plusieurs mois cette petite graine dans mon cerveau et le nouvel ami Christian l’a si je puis dire arrosé au cours de ma mission algérienne.

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Jean Pierre

Aujourd’hui, je me suis « fait » un Granger. Oui, fait un Granger comme on se « fait » un Desplechin quand on aime le cinéma d’auteur ou comme je me « fais » de temps en temps un Russel Banks ou un Philip Roth quand on aime la bonne littérature américaine.

C’était pour une occasion un peu spéciale, triste. La disparition d’un grand monsieur qui, comme pour beaucoup de « jeunes » de ma génération, a représenté une figure, une autorité morale doublée d’une extrême disponibilité (c’est fou quand même comme les gens les plus brillants sont aussi les plus simples à rencontrer). Un grand monsieur, donc, qui s’appelait Jean Pierre Worms, et que j’ai par chance revu il y a quelques mois, à l’occasion d’un passage au siège d’Initiative. Il parlait de ses futurs projets, de la mobilisation citoyenne sur l’environnement à l’occasion des jeux olympiques. Père fondateur et gardien du temple du réseau Initiative France. Gardien de ce que ce réseau a de plus intéressant, c’est à dire pas son outil, pas le nombre de créateurs qu’il finance par an, mais sa logique territoriale, sa construction patiente d’outils non prétentieux qui maillent tout ce que le territoire a d’actif au service d’un droit à entreprendre pour tous. Et qui dans une perspective bourdieusienne renouvelée (excusez moi, faut bien jargonner un peu pour ne pas trop se faire comprendre et du coup passer ses idées !), met au centre de la relation entre prêteur et entrepreneur la logique de l’honneur. Une chercheuse en ESS de Tizi Ouzou évoquait justement avec moi avant hier les premiers travaux de Bourdieu en Kabilye sur le prêt à honneur ! Je vais reprendre les mots de Jean-Pierre, eux-mêmes repris par Benoit, qui mériteraient d’être commentés (je le ferais un jour) mais qui ont le mérite de poser de manière claire les choses : « « le prêt à intérêt épuise la relation. Le prêt sur l’honneur la crée ».

Non content de se reposer sur des lauriers bien mérités, Jean Pierre avait l’intuition que sa génération avait raté le virage de l’environnement, que c’était la prochaine vague qui méritait une mobilisation citoyenne et des outils innovants pour l’organiser.

Je n’aurais jamais le talent de Benoit Granger (ni son grand âge, qui le rende sage !) et renvoie donc vers son hommage, qui résume exactement mes sentiments à l’égard de Jean Pierre et du réseau dont je me sens membre au sens plein du terme. Que ce soit en Mayenne avec les équipes et les bénévoles réunis par Carine, ou à l’international sous la houlette du brillant Bruno, les valeurs d’engagement territorial et de respect de l »initiative économique transpirent et transcendent les idéologies, les continents et les mouvances politiques ! A lire sur https://www.linkedin.com/pulse/mon-hommage-à-lélégant-jean-pierre-worms-cofondateur-france-granger/

Ouane, tou, tri, viva l’Algérie !

Et voilà, depuis une semaine je suis à Alger, pour une mission qui va durer jusqu’à septembre et qui vise la promotion de l’économie sociale et solidaire et l’entrepreneuriat social en Algérie, dans le cadre d’un projet de l’Union Européenne. Challenging, et l’occasion d’une intéressante plongée dans l’ESS de l’autre côté de la Méditerannée !

La filière permaculturelle jouant à plein, Warda m’avait mis en relation avec Adila, l’une des cofondatrices d’une très belle initiative algérienne, Tobra (ca veut dire sol fertile !). Je ne vais pas vous faire l’article, il suffit de visiter leur site (http://agroecologie-algerie.org) pour mesurer l’innovation et la portée de leur initiative. AMAP animée par une quarantaine de consommateurs volontaires qui tour à tour reçoivent les légumes de leurs maraichers préférés, préparent les paniers et distribuent ; mise en place de potagers urbains donnant lieu au meilleur jeu de mot du pays : les Pot’Alger ! Formation scolaire et de fermiers à l’agroécologie… En pleine période de la CAN, ce sont eux les vrais champions du monde.

Bref, tout cela me rappelait pas mal de belles choses vécues au Liban. Et quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre que Adila revenait d’un voyage d’étude organisé par Terre et Humanisme, qui l’a amené à parler graines et grelinette avec ce que le Liban fait de mieux en la matière. Hébergé par les incontournables Buzurna Juzurna, supporté par les amazing Soils, dans l’esprit des Racines du Ciel, de Bassatin Baanoub…

Je crois que ce que j’aime avant tout dans ces histoires, plus peut être je dois le reconnaitre que la santé des sols, c’est l’organisation humaine qu’il y a derrière. C’est ce qui me plait aussi quand je siège au réseau des Biocoop de Mayenne, ou que je fais mon tour de bénévolat (rare !) au Local… L’idée que les consommateurs s’impliquent dans la vente, dans la gouvernance, dans la production. Que les frontières s’estompent. Ca a été la grande percée de l’ESS, pour revenir à ma mission ! Cette réflexion sur la place et l’organisation des hommes et des femmes qui entourent un projet économique, leur capacité à agir et à contrôler,. En précisant bien sur que l’ESS n’a pas le monopole du « coeur », qu’elle connait son lot de dérives et que ce type de belles relations existe, dans une large mesure, dans l’affreux monde capitaliste quand les boites sont bien gérées et les patrons sensibles (si si ça existe, je vous jure). Mais qu’elle a eu l’intelligence de s’attaquer au défi de clarifier et organiser ce concept.

De la puissance de l’horizontalité

Il m’est déjà arrivé d’écrire sur ce blog à propos du « financement des foules », autrement nommé « crowdfunding ». L’idée en est séduisante. Les méchantes banques ne faisant rien qu’à étrangler les entreprises et surtout ne voulant prendre aucun risque, les gentils entrepreneurs se retrouvent avec de beaux projets mais pas de sous. L’intelligence collective des foules, la répartition du risque sur de tous petits montants auprès de milliers de particuliers, dont l’aggrégation est rendue possible par Internet apporterait un soutien nouveau et bienvenu aux projets innovants en France et partout dans le monde.

J’y crois, j’adore, c’est horizontal…. c’est clairement l’avenir.

Mais voilà, j’ai un copain fou à Nantes et qui, comme tous les fous est aussi génial et pertinent ! Il s’est amusé à micro-prêter à… 500 (oui, cinq cent) projets sur 2 plate formes depuis plusieurs années. Résultat des courses : 2% de rendement. Et encore, avant la fin de la période de remboursement. Vous me direz, c’est toujours mieux qu’un placement de « père de famille » et les micro-prêteurs ne font pas la course au rendement. Mais tout de même, ca révèle un hic dans le modèle économique de ces plate formes, bien relevé par https://bfmbusiness.bfmtv.com/france/crowdlending-les-vraies-raisons-d-un-echec-1555771.html.

De fait, ce n’est pas par méchanceté que les banques avancent prudemment. Je ne connais que 2 manières de vivre du prêt d’argent. Prêter beaucoup à peu de gens, en les sélectionnant. Ou prêter peu à énormément de gens, en mettant en place des process durs et systématique (ce que fait la microfinance). Dernière solution : accepter de ne pas assez gagner (voir de ne rien gagner en prêtant à 0%, mon dada !) et trouver des subventions d’équilibre qui prennent en charge le « surtravail » d’accompagnement et la montée en charge de ces outils. C’est peut être pas le plus idiot !

La limite des outils de crowdlending aujourd’hui c’est leur relative faiblesse d’encours (moins de 10 million d’euros en cumulé sur 2018 pour toutes les plateformes françaises, c’est moins qu’une agence bancaire), un taux à la fois trop cher pour des emprunteurs et peu motivant pour des épargnants et finalement une forte sélectivité des projets qui consomme du capital humain !

Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain tout de même. Ce papier oublie quelques paramètres. La croissance exponentielle du crowdfunding d’abord, qui dans ses applications Nord/Sud ne sera bientôt pas loin d’égaler le montant de l’Aide Publique au Développement. La rupture dans l’approche de l’instruction des projets. Aujourd’hui, ce sont soit des « experts » dans des « comités » soit des algorithmes (ou des procédures : combien l’entrepreneur a t-il déjà épargné ; quel est son « score » ?…) qui évaluent le risque. Avec le crowdfunding, c’est l’agrégation d’une foultitude d’avis qui peuvent mettre en avant un couple rendement/risque nouveau, avec une prime donné au local, à l’impact, ou à n’importe quoi d’autre d’ailleurs.

Effectuation, la suite

Suite ce soir de mes lectures sur l’effectuation, avec les 5 principes clés selon Sara Saraswati.

Le premier principe, le plus beau, consiste à passer d’une approche cause à une approche d’effectuation. Autrement dit, de passer d’un mode « je me fixe un objectif et je recherche les ressources nécessaires pour l’atteindre, en les planifiant » à un mode « j’identifie mes ressources disponibles et ensuite je vois ce que je peux en faire dans un processus itératif ». Plus imagé, pour préparer un diner je peux soit prévoir de faire un roti de boeur, aller acheter le roti chez le boucher, les champignons chez le maraicher, prévoir de rentrer à 18 heures pour le laisser cuire… soit ouvrir le frigo, voir ce que j’ai dedans et improviser une recette.

Ca, c’est vraiment ce que j’adore dans cette méthode. Car tout entrepreneur dispose au démarrage d’au moins 3 ressources : sa personnalité, ses connaissances (techniques, sociales…) et son réseau de gens qu’il connaît. Partir de ça pour batir un projet, c’est beau et tellement plus stimulant que de pitcher un business plan présentant la « unique selling proposition » pour résoudre un  grave « client pain ».

C’est exactement ce que je me retrouve à faire quand mon épouse nous offre le luxe de débarquer dans de nouveaux pays, de nouveaux contextes, tous les 5 ans en moyenne !

Deuxième principe, celui de la perte acceptable. Très très puissant également. On est tous d’accord, l’entrepreneur dépense aujourd’hui des coûts qu’il peut estimer, pour toucher demain un revenu qui n’est qu’hypothétique. L’arbitrage que fait l’entrepreneur serait moin lié à son espérance de revenu futur, même actualisé, qu’à son évaluation des fonds qu’il est prêt à perdre raisonnablement avant de décider s’il poursuit ou pas. Ce peut être un montant d’indemnité de licenciement qu’il est prêt à perdre, une phase pendant laquelle il conserve des missions de consultant, un niveau d’épargne en dessous duquel il ne descendra pas… Pour être tout à fait honnête, c’est un formidable moyen d’aider à déclencher un acte entrepreneurial mais force m’est de reconnaître que les meilleurs entrepreneurs que j’ai vu avaient une perte acceptable nettement en dessous de la moyenne parce qu’ils accordaient une valeur très importante à leur vision et fondaient beaucoup d’espoir sur leur revenu (en capital) futur. 

Cela explique aussi que les comportements entrepreneuriaux varient avec l’âge. On a surement pas la même idée de la perte acceptable à 20 ans qu’à 50.

Troisième principe, celui du patchwork. Le processus entrepreneurial est avant tout social et repose sur un engagement de plus en plus large des partenaires. C’est un processus itératif : je vais au contact, j’ai des engagements de ces contacts, j’améliore mon plan, j’élargis ma base de partenaires. Au final, je coconstruis une offre avec mes premiers clients. A condition d’être accompagné et orienté vers une finalité « business », c’est un principe très séduisant, qui laisse le temps, évite le « rêve » d’une solution toute faite et légitime les démarches d’incubation. Pour reprendre l’exemple du frigo, je n’ai pas besoin de savoir dès aujourd’hui faire les meilleurs soufflés au monde pour ouvrir mon restaurant. Je commence par faire une omelette avec les œufs que j’ai. J’invite 1, 2, 3, 10 copains pour me donner leur avis, la faire évoluer. Je finis par faire une omelette tellement parfaite qu’elle tape dans l’œil d’un bon pote qui me présente au chef cuistot du quartier, qui me prend comme stagiaire. J’y apprends à faire d’autres plats, je développe mon réseau et acquiers de nouvelles compétences et vient un moment où je deviens expert. C’est un éloge à la ténacité et au réalisme. Avec le nécessaire « coup de pied au cul/amibtion » pour avancer juste ce qu’il faut de plus pour se mettre un peu en danger sans se brûler.

Le 4eprincipe est qualifié de « limonade » et est décrit ainsi : si on t’envoie des citrons, fabrique de la limonade. Autrement dit, on ne pourra jamais éviter les surprises, rien ne sert de s’en protéger. Autant les recherchers et d’avancer en s’appuyant dessus. 

5eet dernier principe, on ne découvre pas l’avenir, on le crée. L’avenir n’est pas déterminé à priori, il est créé par les actions de l’entrepreneur. Celui-ci serait celui qui met fin à une tendance du secteur, qui fait changer de logiques. Il faudrait de ce point de vue se méfier parfois des experts (là encore moi le premier) qui ont par déformation la crainte de ce qui ne « colle » pas aux invariants du secteur tels qu’ils les connaissent.

Well, de biens beaux principes, très séduisants. Certainement pas adaptés à une « élite » entrepreneuriale capable et habitué à prendre des risques importants, sur-performant dans la capacité à développer une vision et à entraîner la terre entière autour de cette vision.

Mais une série d’outils et de principes très utiles à toutes celles et tous ceux qui oeuvrent au quotidien pour démocratiser, décomplexifier, démythifier l’entrepreneuriat.

Et un intéressant rappel à la réalité, à articuler avec des pratiques plus conventionnelles.