Prêts pour le monde d’après ?

J’ai longtemps résisté. Me disant qu’il y avait déjà une sur-saturation des réseaux sociaux, des écrans, des journaux, autour du confinement et du monde d’après ; que beaucoup de gens beaucoup plus intelligents projettaient leur vision. Et puis voilà, au bout de 7 semaines, je n’y tiens plus et je ressens le besoin de coucher quelques idées noires sur blanc. Rien de très révolutionnaire. J’évite les constats dramatiques ou « apocalyptiques » car je ne les vis pas, n’y crois pas et qu’ils sont déjà bien disséqués dans de nombreux textes. J’évite aussi un trop grand optimisme car il serait un peu illusoire de penser que tout va changer dans « le monde d’après » (et d’un côté tant mieux car il y a pas mal de trucs qui me plaisent bien dans le « monde d’avant »). Je me borne donc à quelques constats simples sur ce que cette crise révèle, de mon humble point de vue.

Continuer la lecture de « Prêts pour le monde d’après ? »

Prêt d’honneur et micro finance, un essai de discussion (2)

Je poursuis mon voyage en terre de prêt d’honneur en Afrique et remercie Martin, guerrier de l’appui aux PME et au développement économique, pour le très bon jeu de mot du titre de ce post.

Après un point dans le post précédent sur les modèles économiques respectifs de la microfinance et du prêt d’honneur, un début d’exploration maintenant sur l’approche du risque et de sa couverture.

Un petit mot en préambule. De la même manière que le rugby est qualifié par certains de sport de brute joué par des gentlemen il serait tentant de dire que le prêt d’honneur est un outil de « financiers » pratiqué par des « développeurs économiques » ou des « animateurs territoriaux ». C’est important de bien avoir en tête cette « précaution » et de lire ma comparaison entre les modèles « microfinance » et « prêt d’honneur » plutôt comme l’occasion d’éclairer l’un par l’autre, de chercher les complémentarités que comme une évaluation de l’outil le plus efficace ou ayant le plus grand impact.

L’analyse du risque, donc. D’une certaine manière, le coeur du métier pour n’importe quelle structure investissant du temps et/ou de l’argent à accompagner des entrepreneurs qui, par définition, ont vocation à dépenser avant de gagner, à introduire quelque chose de nouveau sur leur territoire.

Continuer la lecture de « Prêt d’honneur et micro finance, un essai de discussion (2) »

Prêts d’honneur et microfinance, un essai de discussion (1)

Cela fait bien longtemps que je n’avais pas pris la plume. Mon dernier post traitait d’un rapport sur le prêt d’honneur en Afrique. Je voudrais poursuivre ici la discussion et la réflexion sur ce qu’est le prêt d’honneur et sur ce qui le distingue des institutions de microfinance.

Pour précision méthodologique, les éléments que j’apporte ci dessous n’engagent bien évidemment que moi. Ils sont issus de ma pratique du prêt d’honneur au sein de Initiative France, depuis mes premiers pas avec Pierre en Ile de France, plus récemment en Mayenne, en Pays de la Loire et à l’international ; des observations que j’ai pu conduire au cours de mes missions en Côte d’Ivoire, d’une évaluation au Liban d’un mécanisme de financement innovant porté par des institutions de micro finance et enfin des entretiens et échanges menés dans le cadre de l’Observatoire du Prêt d’Honneur en Afrique. Je m’appuie également sur quelques bons bouquins de référence sur la microfinance, en particulier celui de Christine Poursat&co (un peu ancien, la dernière édition date de 2009) et les vastes ressources disponibles sur le site de l’AFD (notamment le très complet « nouveau manuel de la microfinance ») et de lamicrofinance.org.

Je considère ce premier post comme une ouverture à la discussion avec tous les professionnels et les amateurs que ce sujet passionne !

Côté prêt d’honneur, je pars d’une hypothèse. Celle que les conditions « techniques » du prêt d’honneur (prêt personnel, sans intérêt et sans garantie je le rappelle) entraînent une pratique et une posture financière innovante et originale. Un modèle pas forcément meilleur, mais différent.

Continuer la lecture de « Prêts d’honneur et microfinance, un essai de discussion (1) »

OPHA, au trot, au galop…

Dans le monde merveilleux des acronymes, OPHA veut dire « Observatoire des Prêts d’Honneur en Afrique », composé de la fine fleur des professionnels qui réfléchissent à la manière dont le prêt d’honneur (un prêt personnel sans intérêt et sans garantie pour vous la faire courte) a vocation a changer le monde.

Le susdit OPHA m’a très gentiment proposé de conduire une étude d’observation visant à repérer les pratiques de prêt d’honneur en Afrique. A lire sur http://www.initiative-france.fr/multimedia/2019_12_04_oph.pdf

Pour les vrais passionnés, je suis disponible pour échanger, et quelques ressources sont disponibles :

* les entretiens avec les fonds 

* les entretiens avec les bailleurs et têtes de réseau 

* la carte des fonds de prêt d’honneur actifs en Afrique

Prêt d’honneur en Côte d’Ivoire

L’une des missions qui m’occupe le plus est l’assistance technique (comme on dit) à la création de fonds de prêt d’honneur avec Initiative France dans 3 villes de Côte d’Ivoire (Abobo, San Pedro et Bouake).

L’une des particularités de l’assistance proposée par Initiative France est la mise en relation de plate formes françaises avec leurs homologues africaines.

Ici, ce sont les 3 animateurs et le coordonateur du réseau ivoirien qui passaient une semaine dans l’excellente plate forme de Marc et Eric à Nice. Les valeurs de ce réseau sont anciennes et puissantes, c’est étonnant de voir comme elles « transpirent » au delà des continents et des cultures.

Ici comme en Algérie ou en Inde, ça me fait toujours beaucoup d’émotion de me rendre compte qu’on a des collègues ! Kinda, Cheick, Armand et Alex en l’occurence, que je revois une semaine par mois et avec qui se construit un nouveau réseau d’appui territorial aux petits entrepreneurs ivoiriens. Good luck !

Un bon financier vert, c’est un financier vert mort, parce qu’on peut le composter…

A lire en écoutant le très bon podcast du caustique Guillaume Meurice, qui vient titiller la complexité de relier finance et développement durable sur.

Cyrille, le dynamique animateur du master d’entrepreneuria social à l’ESSCA (l’école de Commerde de Angers) qui a aussi été un « compatriote » à Pondicherry il y a une dizaine d’années, m’a donné l’occasion d’essayer de transmettre, en anglais, à 30 étudiants venus du monde entier, des idées sur la finance sociale et de montrer que malgré tout, on peut chercher à combiner impact et retour sur investissement !

Pas facile, mais l’occasion d’essayer de formaliser quelques notions, que je propose dans deux documents, l’un tourné vers la demande et l’autre vers l’offre. A télécharger ici et là.

ESSCA Social Finance 1

ESSCA Social Finance 2

 

Organique… ta mère

Une petite carte postale de la place des Martyrs à Beyrouth, où je viens de passer quelques jours bien intéressants dans le cadre d’une mission d’évaluation d’un dispositif de subvention conditionné à un prêt.

Triplement intéressant donc :

  • Et un, une observation in situ des leviers possibles pour améliorer les financements bancaires et d’institutions de micro finances.
  • Et deux, cette très belle image de la place des Martyrs où, comme en Algérie, la gestion « citoyenne » des déchets, y compris ici des déchets organiques, fait partie intégrante de la révolution.
  • Et trois, les retrouvailles avec les entrepreneurs, citoyens, amis de Beyrouth qui tous espèrent, se battent et vivent une période historique.

 

Prêt d’honneur quand tu nous tiens

Avec l’amie Ninon et le camarade Bruno, on sort en décembre l’étude la plus complète, la plus étonnante et la plus sensationnelle sur le prêt d’honneur en Afrique. Des dizaines de fonds interrogées, des pratiques exceptionnelles, des valeurs ancrées et des perspectives uniques…

Si vous êtes du côté de Marseille le 4 décembre, venez voir ça à Emerging Valley (https://www.emergingvalley.co/).

(PS : l’illustration de cet article n’engage que moi !)

Liban

Il se passe des trucs très très chouette au Liban en ce moment. Tous ces gens qu’on fréquentaient, toutes ces initiatives qu’on observaient, tous ces mouvements potentiels qu’on espérait sont dans la rue et forment aujourd’hui une chaine humaine de Tripoli à Tyr. Très très chouette.

Une micro initiative qui n’a rien a envié à la manière dont le hirak algérien fait attention à la gestion de ses déchets : « A purely lebanese breakfast » propose aux volontaires qui nettoient après les manifs un petit déjeuner organique et local, financé pour 25% par le produit de la revente des bouteilles en plastique ramassées ! L’économie circulaire au coeur de la manif !

Miracle à Alger

Pourquoi pas un petit Dutronc, par exemple « Et moi et moi et moi » pour accompagner la lecture de ce post en restant dans le thème.

Double miracle en septembre dernier à Alger. Il m’a fallu un bon mois pour m’en remettre et parvenir à écrire dessus.

Premier miracle : une série de poubelles, dans les rues d’Alger, qui non seulement permettent un tri sélectif incluant une partie organique, mais vont jusqu’à séparer le pain du reste. Je ne vois pas bien l’intérêt de ce rafinnement, mais après tout le pain, c’est un flux facile à identifier. Le résultat est assez impressionnant : le pain gaché est avec le pain gaché, les organiques avec l’organique et les recyclables dans le bac des recycables. Tout le monde est bien rangé et prêt (espérons le) à rejoindre un point d’évacuation « censé » !

Deuxième miracle : ce même jour, par un hasard dont le doigt occulte argouinistique a le secret, Bruno Parmentier donnait une conférence à l’Institut Français d’Alger. Bruno Parmentier ? Mais si, l’auteur de « Nourrir l’humanité », de « Agriculture, Alimentation et Réchauffement climatique » (tout ça à découvrir sur son site). Mais aussi l’ancien directeur de l’Ecole Supérieure d’Agriculture d’Angers. Hasard sympa, donc, et l’occasion de découvrir son talent oratoire pour mettre en exergue quelques principes et ordres de grandeur pas toujours intuitifs, parfois flippants, mais au bout du compte salutaires.

800 millions

Premier indicateur, qu’on soit en 1900 ou en 2019, 800 millions de personnes meurent de faim dans le monde. C’est une énorme amélioration d’un point de vue relatif (on est passé entre temps de 1,8 milliard à 7,6 milliard d’habitants), mais un échec par rapport aux objectifs du millénaire, qui visaient de réduire la faim dans le monde de moitié, à 400 millions de personnes.

Dans le détail, ces 800 millions sont très majoritairement en Asie (515 millions), de plus en plus en Afrique (257 millions), 39 millions en Amérique Latine et 9 millions dans les pays développés.

La faim dans le monde il y a 50 ans, c’était la Chine (500 millions de petits chinois, et moi et moi et moi). Aujourd’hui c’est l’Inde et demain ça sera l’Afrique. Rendons nous compte, la faim concerne 20% de la population indienne (soit tout de même 200 millions) mais… 40 à 50% de la population africaine grandissante.

Au delà de ces 800 millions, 1 milliard d’habitant ne consomme qu’un seul aliment par jour et un autre milliard est en situation de précarité alimentaire.

Pas d’explication définitive sur ces 800 millions. Est ce un plancher ? un état de fait ? une aberration statistique… ? Un travail d’analyse demeure.

Il n’en reste pas moins que pour réduire d’autant la part relative dans le monde de la pauvreté, il a bien fallu que la production de mais, de blé, de riz et de légumes explose plus rapidement que la croissance de la population. C’est l’un des miracles de ce dernier siècle.

Continuer la lecture de « Miracle à Alger »